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18 janv. 2016

Le destin brisé de l'Empire Aztèque


Par un étrange accident de l'histoire, comme il s'en produit parfois, les Espagnols abordèrent le Nouveau Monde à l'endroit même où brillait une culture très développée, la péninsule du Yucatan et son arrière pays (aujourd'hui le Mexique, le Guatemala et le Honduras), patrie des Mayas dont la somptueuse civilisation fut florissante, dix siècles avant l'an 1000 de notre ère !


La conquête de l'empire aztèque par Hernando Cortes constitue un exploit guerrier
hors du commun. En effet, en l'espace de trois ans (1519-1522), à la tête de quelques centaines de soldats Espagnols, le conquistador assoiffé d'or, audacieux et sans scrupules, réussit à vaincre un empire séculaire disposant de plusieurs milliers de guerriers.



En réalité, les Aztèques furent victimes d'une antique légende. Ils étaient persuadés
qu'il s'agissait, comme prédit, du retour d'un ancien dieu de Mexico...

De plus, les chevaux et les canons produisirent l'effroi sur les indigènes qui en ignoraient l'existence. 

Finalement, ce que le conquistador espagnol gagna au bout du compte, ce ne fut pas l'or qu'il convoitait, mais la destruction totale d'une civilisation !




Bernardino De Sahagun


Parmi les divers chroniqueurs espagnols, religieux, qui furent les témoins de la conquête de l'empire aztèque, on relève le nom de Diégo DURAN, en 1518, dont le livre est illustré de nombreux dessins vivants, simples et naïfs, sur toutes les scènes de la vie quotidienne populaire et religieuse.

Mais l'oeuvre la plus riche et la plus documentée est celle de Bernardino de Sahagun, un frère Franciscain qui arriva au Mexique en 1519, soit huit ans après la prise de Mexico.



Le frère Franciscain Bernardino de Sahagun


Dans son livre : "Historia Général de las Cosas de Nueva Espana" (Histoire Générale des choses de la Nouvelle Espagne), il relate tous les détails de la vie quotidienne des Aztèques, aussi bien agricole que familiale, religieuse, rituelle, magique, médicinale, etc...

Dès son arrivée, Fra Bernardino s'empressa d'apprendre la langue mexicaine de l'époque, soit le nahuatl, ce qui lui permit de recueillir toutes les traditions relatives à la vie des Indiens de l'empire aztèque. 

II s'adressa également à des artistes indigènes pour illustrer ses informations, ce qui constitue une iconographie unique sur la vie de ce peuple, étant donné que la plupart des anciens documents, des codex religieux ou médicaux ont été brûlés par les prêtres espagnols.



Evidemment, son but n'était pas de préserver la civilisation aztèque, mais bien de la
connaître, notamment dans sa langue et dans ses moeurs, pour déraciner l'idolâtrie,
prêcher, confesser, catéchiser les Indiens, ce que Sahagun fit avec zèle pendant les
soixante et un an qu'il vécut dans ce pays.

Hélas, le pauvre moine n'eut pas la chance de connaître la moindre gloire par ses écrits. Les douze livres qui constituent son oeuvre complète lui furent adroitement subtilisés par un gouverneur du pays, qui les fit parvenir en Espagne à un chroniqueur célèbre qui réclamait des informations sur le pays aztèque...

Heureusement, l'oeuvre de Bernardino de Sahagun fut retrouvée intégralement avec
ses douze livres et ses planches en couleurs illustrant tous les aspects de la vie.



Dans ces douze livres formant un ensemble de chapitres de plus de 800 pages, on trouve successivement les matières suivantes :

I. Des dieux adorés par les indigènes de la Nouvelle Espagne, et des mois du calendrier mexicain.

II. Du Calendrier, des fêtes et des sacrifices,

III. De l'origine des Dieux et des croyances,

IV. De l'Astrologie,

V. Des augures et d'autres méthodes pour deviner les choses futures,

VI. Philosophie, morale et théologie du peuple mexicain,



VII. Astrologie naturelle,

VIII. Des rois et des seigneurs et du gouvernement du royaume,

IX. Des marchands, des artisans et des orfèvres qui travaillent l'or et les pierres
précieuses,

X. De l'histoire générale de toutes les classes de leur société ; des maladies du corps humain et de la médecine,

XI. Histoire naturelle, des oiseaux, poissons, arbres, herbes, fleurs, métaux, pierres,
etc...

XII. De la conquête de la Nouvelle Espagne et de la ville de Mexico.




La civilisation aztèque...


Bernardino de Sahagun fut le premier à parler en détail de la société indigène, la
civilisation mexica, selon le modèle toltèque, les premiers habitants du pays. 

II nous parle également de la fameuse et mythique Tula, la cité fantastique à l'origine
du monde et des hommes, et sa richesse légendaire...



Du plus grand intérêt également est le mythe nahuatl des cinq soleils qui explique le devenir de l'homme, son destin et sa fin inéluctable.

On retrouve ici les antiques légendes, la mythologie des archontes planétaires reprise successivement au fil des civilisations, notamment chez les Gnostiques d'Egypte...

Le calendrier aztèque affirme que, par quatre fois déjà, le monde a été détruit à la suite d'un désordre planétaire. Le monde actuel, celui du soleil qui nous éclaire, est le cinquième âge. Jusqu'à quand ?



L'ordre de succession de ces quatre âges est décrit dans les "Annales de Cuauhtitlan", et dans "Historia de los Mexicanos por sus pinturas" : 

Le premier soleil a été le Soleil d'Eau, suivi du Soleil du Tigre, puis celui de la Pluie et du vent. 

Ce qui est corroboré par la magnifique sculpture connue sous le nom de "Calendrier aztèque", bas-relief où l'on distingue précisément les quatre âges représentés par la
date du cataclysme en rapport.

Les mythes cosmogoniques sont semblables dans toutes les religions, et l'on retrouve toujours la "chute du ciel", ou un désordre cosmique ou planétaire à l'origine d'un déluge ou d'une autre catastrophe terrestre.

A quatre reprises, un monde est né, puis il a été détruit. Aussi, le monde d'aujourd'hui aura nécessairement la même fin.


II est intéressant de noter que :

"Ce sont bien les Dieux eux - mêmes , à l'occasion , qui déchaînent où provoquent les guerres, y prenant part eux-mêmes, car ils apprécient le sang humain !”

Le sang humain, dans beaucoup de religions, est nécessaire à la satisfaction des dieux ! II suffit d'en voir la preuve dans l'ancien testament (Exode XXIX) ! Le sang humain est l'aliment du Dieu Soleil et le moteur de l'univers des hommes !

Pour cela, il faut donc libérer les forces de la vie emprisonnées dans un corps humain, ce que l'on ne peut faire qu'en tuant, que ce soit par les sacrifices ou par les guerres !



La tradition affirme que les deux luminaires, la Lune et surtout le Soleil, se nourrissent de la vie sur Terre !

Les sacrifices humains de masse, pour se concilier les bonnes grâces des dieux, étaient donc pratique courante chez les Aztèques.

On tuait des dizaines d'enfants, de jeunes garçons et de jeunes vierges, des jeunes gens et des jeunes filles uniquement... 



La manière habituelle était d'ouvrir la poitrine de la victime avec un couteau d'obsidienne et de lui arracher le coeur. 

On jetait ensuite le corps au bas des marches de d'autel qui ruisselaient du sang des innombrables victimes...

Et parmi tous les récits de Bernardino de Sahagun, on retrouve au livre 11, chapitre VII, la fameuse histoire du champignon sacré, le Téhonanacatl, (la chair des Dieux) ou "Psylocibe mexicana heim", dont les propriétés dites "hallucinogènes", mais plus exactement psychédéliques, étaient connues des Aztèques. 



Tout aussi bien d'ailleurs que nombre d'autres plantes comme la liane d'Ololiuqui, du Yagé, ou des "boutons de mescal" du cactus de San Pedro, du Peyotl... 

L'usage rituel des plantes psychédéliques (qui favorisent l'expérience intérieure), dans l'ancien Mexique remonte au paléolithique et se poursuit encore de nos jours dans les pratiques chamaniques.



Le recours à des substances végétales douées de propriétés chimiques susceptibles d'agir sur le mental, et d'élargir le champ de conscience pour provoquer l'émergence "d'états de réalité extra ordinaire", semble bien être une des pratiques fondatrices de la culture humaine.

Bernardino de Sahagun le confirme : 

Ils savent toutes les vertus, l'essence des plantes. Ils ont découvert le Peyotl (cactus : Williamsi lophophora) et l'estiment plus que le pulque (alcool d'agave) ou les champignons sacrés. Ils s'assemblent dans le désert et chantent tout le jour et toute la nuit... (livre X). 



On croirait lire exactement les récits de Carlos CASTANEDA, dans ses différents récits sur l'usage des psychédéliques mexicains !


Conclusion


Le destin brisé de l'empire aztèque, civilisation puissante et sanguinaire fut provoqué
par une poignée d'hommes.



Aujourd'hui, “abandonné” des Dieux, le reste de la civilisation indienne oscille entre
l'extinction et l'émigration... Sans aucun autre espoir de survie.



Source : Fabrice Bardeau/Top Secret N°11

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