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26 mai 2016

D’où vient le bonnet de Marianne ?


Marianne est un des symboles de la République Française et incarne la République autant que le drapeau tricolore. Marianne représente la permanence des valeurs qui fondent l’attachement des citoyens à la République : Liberté, Égalité, Fraternité. Une Marianne est un buste de femme coiffée d’un bonnet phrygien. Dans cet article nous nous intéresserons à l’origine de ce bonnet.

Ce bonnet fut porté pour la première fois en France au café Le Procope qui était un lieu de rendez-vous des révolutionnaires. Il ressemble à celui que portaient les esclaves affranchis dans l’Empire romain, esclaves auxquels leur maître avait rendu la liberté et dont les fils devenaient des citoyens à part entière. Le bonnet phrygien était donc dès l’Antiquité déjà, un symbole de liberté.

Les plus anciens vestiges de ce bonnet appartiennent à Mithra, la divinité iranienne du Soleil, de l’amitié, du serment et des contrats. Le mithraïsme était la religion la plus répandue en Europe avant le christianisme.
Les statues de Mithra qui nous sont parvenues de cette époque représentent Mithra portant un bonnet phrygien et une cape flottante; il est agenouillé sur le taureau primordial avec un poignard dans la main droite et tirant la tête du taureau vers l’arrière avec l’autre main.
Durant la révolution française, les premiers bonnets phrygiens apparurent sur la tête des français, quelques mois après la prise de la Bastille. Ils étaient faits de tissu rouge, et s’accordaient aux vêtements rayés des plus fervents révolutionnaires, les sans-culottes.
Il semblerait qu’un bonnet pratiquement identique coiffait les marins et les galériens de la Méditerranée, et il est possible que les révolutionnaires venus du Midi les aient amenés à Paris. Porter le bonnet phrygien était en effet une façon d’afficher son patriotisme.
Ce bonnet fut également l’un des traits marquants du 20 Juin 1792, jour historique qui vit le peuple envahir les Tuileries. La foule en colère parvint à atteindre le roi lui-même, et un officier municipal nommé Mouchet tendit au monarque un bonnet phrygien au bout d’une pique.
Le roi, sidéré, ne savait comment réagir. Il s’empara du bonnet, et le posa sur sa tête. Le geste apaisa quelque peu la hargne des assaillants.

Mithra, habillé à la perse et portant le bonnet phrygien, sacrifie le taureau primordial. Du corps du taureau naquirent les plantes et les animaux bénéfiques à l’homme, malgré l’opposition du Serpent et du Scorpion, agents du Mal.

Par ailleurs, le bonnet de Libertas, la déesse romaine de la liberté, était le
pilleus, un bonnet rond ordinaire en feutre. Sur les anciennes représentations de Libertas, en particulier sur la monnaie impériale romaine, celle-ci tient un pilleus dans une main, et souvent une baguette (vindicta) de l’autre. Libertas ne porte cependant jamais le pilleus, et n’est pas associée au bonnet phrygien.
Après avoir assassiné Jules César (44 av. J.-C.), les conspirateurs ont défilé dans les rues en arborant un bonnet phrygien au bout d’une pique. L’idée d’utiliser dans l’art un bonnet sur une pique pour représenter la liberté apparaît vers 1570 aux Pays-Bas dans les œuvres iconographiques.
Mais le bonnet n’a aucune forme particulière et se conforme souvent à la coutume locale ; il ne ressemble donc ni au pilleus ni au bonnet phrygien. Cette tradition iconographique se développe dans divers pays d’Europe et devient une source d’inspiration pour les artistes américains au cours de la lutte pour l’indépendance.
Le retour au bonnet phrygien, dans sa forme classique, à pointe recourbée, se fait clairement en France aux alentours de 1790. Sous l’influence des Jacobins, le bonnet rouge devient un emblème important de la révolution. Les révolutionnaires américains aussi empruntent le bonnet de la liberté aux Français, mais seulement une vingtaine d’années après la déclaration d’indépendance.

Sous la 1
re République (1792-1804), des personnages féminins, portant les valeurs de la liberté et de la révolution, sont représentés par l’intermédiaire de tableaux ou de sculptures. Ils sont parfois accompagnés de piques ornées du bonnet phrygien.
Un décret de 1792 stipule que « le sceau de l’état serait changé et porterait pour type la France sous les traits d’une femme vêtue à l’Antique, debout, tenant de la main droite une pique surmontée du bonnet phrygien, ou bonnet de la liberté, la gauche appuyée sur un faisceau d’armes, à ses pieds un gouvernail ». On rencontre également à ses pieds les tables de la Loi et la Déclaration des Droits de l’Homme présentées au monde.
Le nom de Marianne semble provenir de Marie-Anne, très populaire au 19esiècle. Les contre-révolutionnaires appelaient ainsi de manière péjorative la République. Or les révolutionnaires l’ont adopté pour symboliser le changement de régime.

Comparaison de deux effigies : Marianne sur une pièce de franc (à gauche) et Mithradates I, empereur de la dynastie Parthe d’Iran (environ 171-138 av. J.-C.). Les similitudes entre les bonnets sont frappantes.

L’avènement du 1er Empire (1804-1815) affaiblit la représentation de Marianne. Son nom réapparaît un temps sous la seconde République (1848-1852), mais prend souvent un sens négatif. Marianne est exposée sous forme de statue ou de buste, particulièrement dans les mairies, représentation directe de la République.
Elle porte un bonnet phrygien pour valoriser le caractère révolutionnaire, qui est parfois critiqué comme un appel à la désobéissance. Le bonnet est donc remplacé par un diadème ou une couronne, pour donner un caractère plus sage à Marianne.
Durant le 2nd Empire (1852-1870), Napoléon III fait remplacer sur les pièces de monnaie et sur les timbres-poste la figure de Marianne par sa propre effigie. La commune de Paris (1871) développe le culte de la combattante révolutionnaire au buste dénudé qui porte le bonnet phrygien rouge des sans-culotte, mais elle n’est pas nommée Marianne.

Sous la 3e République (1875-1940) deux modèles s’affrontent, la statue à épis et la statue à bonnet phrygien. La première représente une République modérée, la seconde, que le peuple nomme Marianne, une République révolutionnaire.
Peu à peu la République s’installe, et les bustes se multiplient dans les mairies et les écoles. Un modèle est plus ou moins imposé : c’est un buste de femme au visage jeune et calme, portant parfois la couronne d’épis ou, le plus souvent, un bonnet phrygien. Il faudra attendre 1897-98 pour que la 3e République restitue, sur ses monnaies, le symbole du bonnet phrygien.

Où était la Phrygie ?
La Phrygie était un royaume situé au centre de l’Asie Mineure sur le plateau d’Anatolie, à l’ouest de la Cappadoce et séparée de la mer Égée par la Lydie. On pense que les Phrygiens étaient un peuple indo-européen originaire de Thrace qui, vers 1200 av. J.-C., a envahi l’empire hittite pour s’y installer.
Sa capitale se trouvait à Gordion, non loin d’Ankara actuel (en Turquie), et la fameuse ville de Troie en faisait partie, mais les limites de son territoire variaient selon les époques. Leurs rois se nommaient tantôt Gordias, tantôt Midas; l’un des Midas, qui a régné entre 725 et 676 av. J.-C., fait l’objet de légendes chez les Grecs, en raison de ses richesses.


Le royaume a été dévasté vers 695 av. J.-C. par l’invasion des Cimmériens, peuple nomade indo-européen venu des Balkans. L’état phrygien ne s’en est plus jamais remis et passa progressivement sous la domination de sa voisine la Lydie.

La Lydie se trouvait à l’ouest de la Phrygie, entre celle-ci, la Mysie, la Carie et la mer Égée, et avait pour capitale Sardes. Sous la dynastie des Mermnades (687-546 av. J.-C.), la Lydie prospéra et fut le royaume le plus puissant de la péninsule anatolienne. Célèbre pour ses richesses (provenant des mines d’or du Pactole) et pour ses offrandes aux sanctuaires grecs, le royaume lydien fut le premier État à pratiquer le monnayage.
Son dernier roi, Crésus, annexa par les armes toutes les villes grecques de la côte d’Asie Mineure. Après un règne d’environ onze ans, Crésus fut confronté à la menace des Perses, qui venaient de conquérir la Médie voisine. S’alliant à la Babylonie, à l’Égypte et à Sparte, Crésus envahit la province perse de Cappadoce, en Asie Mineure.
Le roi Perse Cyrus le Grand, fondateur de la dynastie des Achéménides, battit en 546 av. J.-C. l’armée lydienne et entra dans Sardes. Il traita Crésus avec respect, et celui-ci finit tranquillement ses jours à Ecbatane en Iran comme conseiller de Cyrus.
Après la conquête des cités grecques d’Ionie par les Perses, une grande partie de l’Asie Mineure, y compris la Phrygie, fut placée sous le contrôle perse et divisée en plusieurs satrapies. Cela dura plus de deux siècles, jusqu’à la défaite des Perses par Alexandre le Grand en 334 av. J.-C.

La Phrygie occidentale, comprise d’abord dans le royaume Séleucide, fut annexée au 2
e siècle av. J.-C. par Pergame. La Phrygie orientale, entre le Sangarios et l’Halys, fut occupée vers 275 av. J.-C. par des envahisseurs celtes, les Galates.
La Phrygie occidentale fut annexée à la province romaine d’Asie à la fin du 2e siècle av. J.-C. Au 4e siècle de notre ère furent formées deux provinces de Phrygie: la Phrygie Salutaire à l’Est (Capitale: Synnada), et la Phrygie Pacatienne, à l’Ouest (Capitale : Laodicée).
Durant les siècles où l’Asie Mineure faisait partie de l’Empire perse, des Iraniens se sont installés dans cette région. Même après la conquête d’Alexandre, des générations d’Iraniens ont vécu dans ces contrées comme en témoignent plusieurs indices, notamment des récits grecs, des inscriptions tombales, et des pièces de monnaie. Même des non-Iraniens d’Asie Mineure portaient des noms perses (notamment Mithradate et d’autres dérivés de Mithra).
La route royale qui reliait les capitales de l’empire, Persépolis et Suse, à Sardes étant, d’après les historiens, sure et pratique, elle facilitait l’installation des Perses dans les régions fertiles de l’Asie Mineure.
D’après Xénophone, avant de construire la route royale de 2750 km entre Suse et Sardes, Cyrus le Grand a fait faire des expériences sur l’endurance des chevaux afin d’établir un système de relais rapide qui n’épuisait pas les chevaux.
Cyrus le Grand

Ce premier système de courrier express au monde permettait de relier les deux bouts de l’empire en sept jours et sept nuits en traversant 111 stations avec une vitesse moyenne de 15.3 km/h (Minetti 2003).
Et tout porte à croire que l’aristocratie perse amenait de Perse la main d’oeuvre qualifiée nécessaire pour l’agriculture. En effet au 4e siècle de notre ère beaucoup de villages en Cappadoce étaient peuplés d’Iraniens descendants des premiers colons.
Parmi eux, beaucoup d’anciens soldats auxquels la terre était donnée avec obligation de rejoindre l’armée en cas d’appel (Boyce 1997). Le calendrier solaire cappadocien, en usage pendant des siècles jusqu’en 400 apr. J.-C., était une réplique du calendrier zoroastrien.
Empire perse

L’historien Bardesanes, qui vivait au 2
e-3e siècle, atteste qu’à son époque il y avait encore beaucoup d’Iraniens vivant en Egypte, en Phrygie et en Galatie et qui conservaient encore leurs traditions. Comme dans la métropole, des prêtres s’occupaient des affaires religieuses de la diaspora.
Nous avons également beaucoup d’informations sur des sanctuaires zoroastriens d’Asie Mineure, le plus ancien ayant été construit par Cyrus le Grand lui-même ou par ses généraux à Cappadoce pontique au 6e siècle av. J.-C.
Dans les colonies, cette fonction religieuse était avant tout remplie par les Mages, qui avaient une position importante dans la société, mais n’appartenaient pas à la plus haute classe. En fait les Mages n’étaient pas des disciples orthodoxes de Zarathushtra et avaient conservé beaucoup d’éléments de leurs croyances anciennes, notamment du culte de Mithra. Ils avaient même réussi à prendre le pouvoir par un coup d’état après la mort de Cyrus, mais avaient été démis par Darius I.

Après la chute de l’empire perse et la disparition de l’élite dirigeante, les Mages ont occupé le devant de la scène, en Asie Mineure surtout. Mais à partir du 3e siècle de notre ère, les temples ont été supprimés par le décret chrétien.
Ceci étant, au 6e siècle après J.-C. encore, l’empereur perse Khosrow I Anushirvan a négocié avec l’empereur byzantin la reconstruction des temples du feu en Cappadoce, ce qui suggère que, même à cette époque, il y avait des adeptes du culte perse.
Le nom de « bonnet phrygien » est dû aux Grecs qui l’appelaient aussi « bonnet oriental ». Ainsi ce bonnet n’était pas propre aux Phrygiens. Il coiffait un grand nombre de tribus iraniennes, aussi bien celles de la Cappadoce à l’ouest que les Scythes (Sakas) de l’Asie centrale.
Khosrow I

Les représentations de ce bonnet et de ses variantes sur les bas-reliefs de Persépolis en témoignent. Par ailleurs, selon des récits chinois, un marchand zoroastrien originaire de Samarcande, qui voyageait en Chine au 8
e siècle de notre ère, portait l’habit typique des Sogdes, dont un bonnet phrygien (Whitfield 1999).
Qui était Mithra ?

Mithra, nom provenant de la langue avestique et du vieux perse, était la divinité solaire la plus importante des peuples indo-iraniens. En sanskrit il est Mitra, et en persan moderne il s’est transformé en Mehr, qui signifie Soleil, amour, amitié et serment. Les réformes religieuses de Zarathushtra (Zoroastre) en Iran (dans les environs de 1500 av. J.-C.) le reléguèrent au rang d’ange. Zarathushtra établit Ahura Mazda, l’intelligence suprême, comme le dieu unique.
Cependant, la popularité de Mithra s’accrût durant le 4e siècle av. J.-C., et Mithra occupa une nouvelle fois une place privilégiée dans le panthéon perse. Mithra réapparut donc dans l’épigraphie des rois perses à dater d’Artaxerxès II (405-359 av. J.C.), il y était un dieu des armées en même temps qu’un dieu de la justice divine. Les soldats grecs au cours de leurs expéditions en Iran connurent le culte de Mithra.
Malgré l’effondrement de l’Empire perse après l’invasion d’Alexandre en 336 av. J.-C., Mithra garda de nombreux fidèles en Asie Mineure et surtout en Arménie. Par la suite la dynastie Parthe de l’Iran ( (247 av. J.-C. à 226 apr. J.-C.) le vénéra et l’inclut parfois dans le nom de ses rois, comme Mithradate Ier le Grand, ce nom signifiant « donné par Mithra ».

Les Grecs d’Asie Mineure identifièrent Mithra à Hélios, dieu grec du soleil, contribuant ainsi à répandre son culte; il acquit de nouveaux attributs et devint progressivement l’objet d’un culte à mystères. La première congrégation fut créée à Rome, vers 68 av. J.-C., par des soldats adulateurs de Mithra, sous la direction du Général Pompée.
Les colonies romaines, nombreuses en Asie Mineure, constituaient des liens entre la Perse et la Méditerranée et permirent la diffusion du mithraïsme dans l’Empire romain. D’autant plus que les légions envoyées par Rome dans les zones frontalières restaient parfois des années en contact permanent avec les Perses et que des régions s’échangeaient entre les Perses et les Romains.
Mithra fit son entrée dans la littérature latine vers l’an 80 lorsque le poète Statius écrit : « Que tu préfères porter, le nom vermeil de Titan, suivant la tradition du peuple achéménide, ou d’Osiris frugifère, ou de celui qui sous le roc de l’antre Persique force les cornes du taureau récalcitrant : Mithra ! »
En effet, si le mithraïsme attirait esclaves et hommes libres, le fait qu’il insistait sur des notions telles que la vérité, l’honneur, le courage et la fraternité et qu’il exigeait de la discipline, fit de Mithra le dieu des soldats et des commerçants. On lui dédia des temples et des lieux de pèlerinage à travers l’Empire.
Le culte de Mithra se répandit dans tout l’Empire romain de l’Espagne à la Mer Noire en montant vers l’Ecosse dans le nord et en descendant jusqu’au Sahara. De nombreux vestiges de ce culte ont été trouvés en Grande Bretagne, en Italie, en Roumanie, en Allemagne, en Autriche, en Bulgarie, en Turquie, en Arménie, en Syrie, en Israël, en Suisse (Martigny), et en France (Bordeaux, Bourg Saint Andéol dans l’Ardèche, en Alsace, Metz, et ailleurs).

Temple païen de Mithra construit au 1er siècle ap J-C en Arménie

A Rome même une série de temples étaient répandus dans toute la ville, mais ils ont été détruits par les Chrétiens. On en compte aujourd’hui à Rome une quarantaine, tandis qu’à l’époque il devait y en avoir trois fois plus. Selon Ernest Renan, « Si le christianisme eut été arrêté dans sa croissance par quelque maladie mortelle, le monde eut été mithraiste. »
Les Romains nommaient Mithra Deus Sol invictus, Soleil invaincu. L’empereur romain Commode (161-192 apr. J.-C.) lui-même fut initié au culte de Mithra, et sous le règne d’Aurélien (270-275) le mithraïsme fut proclamé religion officielle de l’Empire et l’empereur l’incarnation terrestre du Soleil. C’est Aurélien qui en 274 déclara le 25 décembre jour anniversaire de la divinité (natalis solis invicti).
Cependant lorsque Constantin 1er (v. 274-337 apr. J.-C.) se convertit au christianisme en 312 apr. J.-C., le mithraïsme perdit de son influence et, après un bref renouveau sous Julien dit l’Apostat (331-363), ce culte disparut.
Ce philosophe et poète, qui avait embrassé le mithraïsme, tenta de restaurer le culte du Soleil. Ironie du sort, il fut tué en 363 apr. J.-C., lors d’un combat contre les Perses en Mésopotamie.
Noël, la naissance de Mithra

Malgré sa disparition, le mithraïsme inspira beaucoup le christianisme, en particulier en ce qui concerne Noël. La fête la plus importante dans la religion de Mithra se situait au jour du Solstice d’hiver, considéré comme le jour de naissance de Mithra et la victoire de la lumière sur les ténèbres.
En effet, à partir du solstice d’hiver les jours s’allongent de plus en plus avec la montée du Soleil vers le Nord. Or le choix du 25 décembre par les Romains pour le solstice d’hiver est dû à une erreur commise lors de la réforme du calendrier romain.
En fait, Jules César établit en 46 av. J.-C. un nouveau calendrier préparé par l’astronome Sosigène. Ce calendrier, dit Julien, fixait le début des saisons: le printemps au 25 mars, l’été au 24 juin, l’automne au 24 septembre et l’hiver au 25 décembre. Mais ces dates étaient en retard de un ou deux jours par rapport à la réalité.
Chose étonnante, les premiers chrétiens ne célébraient pas le 25 décembre et ignoraient la date de naissance du Christ. L’Évangile de saint Marc, considéré comme le plus ancien, ne parle pas de la vie du Christ, et les deux seuls Évangiles qui évoquent sa naissance, ceux de saint Luc et saint Mathieu, ne donnent cependant jamais de date pour la Nativité. En tout cas, d’après l’Évangile de Luc (2 :8), lors de la naissance du Christ « il y avait dans la même contrée des bergers demeurant aux champs, et gardant leur troupeau durant les veilles de la nuit. »
Or, le mois de décembre en Palestine est généralement pluvieux et il fait froid ; les bergers ne laissent pas à cette période de l’année leur troupeau en pâturage. Au 2e siècle apr. J.-C., une première mention de la fête se trouve chez Clément d’Alexandrie qui, évoquant les fidèles du théologien Basilide, nous apprend que ceux-ci fêtaient le 6 ou 10 janvier le baptême du Christ.
Cependant dès la première moitié du 4e siècle la fête de l’Épiphanie réunit à la fois le baptême et la naissance du Christ. Un papyrus datant du 4esiècle découvert en Egypte contient la plus ancienne liturgie de Noël, célébrée alors dans la nuit du 5 au 6 janvier.
En somme, la fixation au 25 décembre a été décidée par le Pape Jules 1eren 340. Ce choix semble donc avoir été éminemment tactique.
Le mithraïsme était riche d’éléments qui tiraient leur origine des siècles et parfois même des millénaires de culture indo-européenne, contrairement à la jeune religion du Christ venue de Palestine. Par conséquent, les premiers chrétiens romains, en abandonnant le culte de Mithra, y restèrent longtemps encore très attachés, d’où la présence de nombreux rites mithriaques en christianisme.
Par exemple, dans la religion de Mithra on sacralisait le dimanche, le jour du Soleil (d’où Sunday ou Sonntag). De même, le pain et le vin étaient consacrés dans l’eucharistie. On représentait Mithra naissant d’un rocher, en présence de bergers.
De plus, le baptême chrétien et l’utilisation de musique et de cloches ainsi que de l’eau bénite proviennent du culte de Mithra. Quant au clergé, il a emprunté le titre de « père » aux prêtres de Mithra, malgré l’interdiction formelle du Christ : « N’appelez personne votre « Père » sur la terre : car vous n’en avez qu’un, le Père céleste » (Mt 23 :9). Il n’est donc pas étonnant que la mitre, le bonnet des évêques, rappelle Mithra et que la coiffure d’apparat du Pape, la tiare (un mot d’origine perse), dérive du frigium ou bonnet phrygien.

Les cultes païen et chrétien à Rome coexistent et se mêlent encore pacifiquement jusqu’au 4e siècle. C’est à cette époque que la célébration de Noël fait son apparition et que le 25 décembre est choisi comme date de naissance du Christ.
Longtemps l’Eglise tient compte des rites païens pour convertir les gens. Le paganisme ne disparaît pas du jour au lendemain, car les païens, surtout l’aristocratie, résistent. En effet, l’Eglise, tout en maintenant les coutumes païennes, changeait leur nom pour mieux imposer le culte chrétien.
Cependant, lorsque le christianisme accède au pouvoir et devient la religion officielle de l’Empire romain, le culte de Mithra n’est plus toléré; les mithriaques sont même accusés de falsification satanique des rites les plus saints des chrétiens.
Pour finir, le calendrier chrétien a été établi au 6e siècle, plus précisément en 525, par le canoniste Denys le Petit, qui fixa la date de naissance du Christ ainsi que l’origine du calendrier chrétien. Mais il s’est trompé de quelques années!
Mithra n’a pas disparu de son pays natal, l’Iran. Durant les dynasties Parthes et Sassanides (3e siècle av. J.-C. au 7e siècle apr. J.-C.), il avait une place prépondérante même dans la religion zoroastrienne.
Sur les bas-reliefs sculptés dans la roche, on le voit surveiller l’investiture des rois Sassanides par Anahita, la déesse des eaux, de la pureté et de la fécondation. Après l’invasion islamique au 7e siècle, Mithra semble constituer un des éléments des mouvements de résistance iranienne et on peut trouver des traces du bonnet rouge jusqu’au 15e siècle.
Mithra a aussi été une source d’inspiration pour les mystiques et surtout pour les grands poètes comme Hafez de Chiraz (14e siècle). Aujourd’hui, les Iraniens n’ont pas oublié Mithra : ils célèbrent chaque année sa naissance le 21 décembre, jour du solstice d’hiver, qu’ils appellent « nuit de Yalda » (Yule chez les Scandinaves !).
De plus, le septième mois du calendrier solaire iranien est consacré à Mithra, d’où son nom de « Mehr », tout comme la grande fête de Mehregan, qui marque le début de l’automne et celui du mois de Mehr. Ces fêtes reprennent toute leur importance ces dernières années, avec le retour des Iraniens à leurs anciennes valeurs culturelles.
Quelle fabuleuse épopée que celle de ce bonnet. En traversant les âges, il a su rester commun aux dieux et aux hommes, témoin de tant d’évènements décisifs de l’histoire de l’humanité.

Source : SOTT

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