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25 déc. 2016

Les Berbères, gardiens des portes de l'enfer, et des clés du Paradis

La question de l’origine des Berbères s’est posée tout au long de l’histoire. Selon les récits d’ Hérodote dans son écrit ‘’L'Enquête’’, les Berbères se disaient descendre des Troyens, et des Atlantes.









Ces Atlantes doivent faire face à leurs voisins les Gorgones et sont vaincus par les Amazones.

Alors légendes ou réalité ?
Les Berbères auraient découvert l’Amérique ?

Cette notion "d'avoir découvert l'Amérique" est décidément bien étrange. On parle de l'Amérique comme d'un continent caché, un peu comme on aurait découvert une grotte cachée dans une vallée secrète au fin fond du Sahara. Bref, on s'est accaparé sa découverte, ce qui nous a autorisé à piller son or et contaminer sa population.

Les peuples autochtones des Amériques, comme les Guanches Berbères des îles Canaries, ont été exterminés en grande partie. On ne parle pas ici de génocides mais de conquêtes glorieuses dont on se vante dans les livres d'histoire, comme si l'on avait gagné la paternité pour la postérité.




Remparts d'Assilah, Maroc, une ancienne cité carthaginoise (a) - JalilArfaoui

Fort heureusement, il existe des remparts contre les idées reçues, comme ici à Assilah.

L'Histoire a ceci de passionnant qu'elle est en mouvement permanent, bizarrement ... En effet, on pourrait croire que l'Histoire a été écrite une fois pour toute, ce serait logique, mais il n'en est rien.

Le téléphone arabe…

Certains peuples ont laissé aux autres le soin d'écrire leur propre histoire. C'est le cas des Berbères. Leur histoire nous est (à priori) connue grâce aux livres anciens Grecs ou Romains. Lesquels nous ont d’ailleurs été transmis par les Arabes notamment, à l'époque d'Al-Andalus.

Lire l'article à ce sujet: Aux racines de l'artisanat marocain, Al-Andalus.
L'Histoire s'est transmise ainsi, au rythme des traductions et des interprétations, puis des retranscriptions officielles ... Un peuple doit donc écrire pour avoir une Histoire.

Pourtant, chacun sait que, au cours de notre histoire, plus de livres ont été brûlés qu'il n'en a eu d'écrits. Malgré tout, les quelques pour-cents de livres qui nous sont parvenus (entiers) suffisent amplement à connaitre l'Histoire et à n'en point douter.

Les Berbères, comme les Guanches des Canaries, n'ont pas écrit, mais c'est sans compter le téléphone arabe. Les légendes remontent, insidieusement diront certains, et se répandent plus vite que les livres.

Les légendes berbères…

La légende a ceci de particulier qu'elle ne brule pas comme le papier, mais enflamme au contraire. Car comment ne pas s'enflammer en prenant connaissance des légendes Berbères.

Monument Mégalithique, Cromlech de M'zora, Maroc

Pour être tout à fait honnête, j'ignorais l'existence des légendes Berbères il y a encore quelques années. Aucun livre ni bande dessinée ne m'était tombé sous la main auparavant. Un vague souvenir me revenait d'une Sélection du Reader's Digest, me semble-t-il, lue à la pré-adolescence, évoquant Atlas.

Jusqu'à cette rencontre fortuite avec la tonalité si particulière du téléphone arabe, l'équivalent marocain de Wikipédia ... Alors que nous parlions de l'ensemble mégalithique de Stonehenge en Angleterre, un ami berbère nous signala qu'il y avait la même chose au Maroc non loin de Assilah, sur la cote Atlantique.

Une éminence de terre recouvrant une sépulture, appelée tertre funéraire, et un cercle de 167 monolithes constituent le site mégalithique de M'Zora, au Sud-est de Assilah au Nord-Ouest du Maroc (1). Selon la légende, il s'agirait de la tombe d'Antée. Les mythologies Berbère et Grecque s'en font l'écho.


Antée, Antaíos en Grec, était le fils de Gaïa (la Terre) et de Poséidon, le dieu de la Mer. Il aurait été un roi Libyen, donc Berbère, et son palais était situé à Lixus, sur la cote Atlantique marocaine. Cette ancienne cité carthaginoise est située près de Larache, à une quinzaine de kilomètres au Sud de sa tombe à M'zora, dans la Province de Tanger.


Antaeus, Gustave Doré, Divine Comedy, Inferno, by Dante Alighieri (c)
Dans la Divine Comédie, son œuvre majeure, Dante (1265-1321) explore l'Enfer, le Purgatoire et le Paradis, dans un voyage qui doit le mener à la vision de la Trinité (Le Père, le Fils et le Saint-Esprit). Dante doit traverser neuf cercles pour parvenir aux portes de l'Enfer. Il s'agit d'un poème constitué de 66 chants. Voici l'analyse détaillée du chant du neuvième cercle de l'enfer :

"The ninth circle is ringed by classical and Biblical giants, [...]. The giants are standing on a ledge above the ninth circle of Hell, [...]. The giant Antaeus (being the only giant unbound with chains) lowers Dante and Virgil into the pit that forms the ninth circle of Hell"

  • Inferno Study Guide, The nine circles of Hell, Analysis of The Divine Comedy, Dante Alighieri
Ce qui se traduit ainsi en français :

"Le neuvième cercle est entouré par des géants classiques et bibliques, [...]. Les géants sont debout sur une corniche au-dessus du neuvième cercle de l'enfer, [...]. Le géant Antée (étant le seul géant non liée avec des chaînes) descend Dante et Virgile dans la fosse qui constitue le neuvième cercle de l'enfer."

Voir l'illustration ci-dessus.

Ainsi, un Géant des mythologies antiques, d'origine Berbère (un Roi ?), serait à sa mort un gardien des portes de l'enfer, et sa tombe serait située sur la cote Atlantique du Maroc, non loin de son palais. (Antée a été tué par Héraclès, un demi-dieu, dans la mythologie).

Pour l'anecdote, le Cromlech de M'zora a reçu la visite d'un Général Romain nommé Quintus Sertorius (122 av. J.-C. - 72 av. J.-C.) lors de son épopée en Maurétanie où il conquit la ville de Tanger. Cet épisode est relaté par Plutarque dans son récit de la Vie de Sertorius :

Le texte est rédigé en vieux français, mais voici une version en français contemporain :

"Les Libyens [les Berbères] disent que Antée est enterré non loin. Sertorius qui n'ajoutait pas foi à ce que les Barbares du pays disaient de la grandeur énorme de ce géant, fit ouvrir son tombeau, où il trouva, dit-on, un corps de soixante coudées [26,67 mètres !]. Étonné d'une taille si monstrueuse, il immola des victimes, fit recouvrir avec soin le tombeau, augmenta ainsi le respect qu'on portait à ce géant, et accrédita les bruits qui couraient sur son compte."

- La vie de Sertorius, Oeuvres de Plutarque, Volume 12, page 357, chap. XIII (3)

Ainsi naissent les légendes, les mythes Berbères rejoindront plus tard la mythologie romaine.




Le Tertre de M'zora est immense, de forme ovoïde, mesurant 54 mètres en largeur et 56 mètres en longueur. Il s'agirait bien de la sépulture d'un personnage très haut placé dans la mythologie berbère.

Si Antée, probablement un roi Berbère, fut un gardien des portes de l'enfer, dans la mythologie Grecque et Berbère, rappelons que les Guanches Berbères, peuple autochtone des îles Canaries, dans leur mythologie, placent l'enfer dans le volcan Teide sur l'île de Tenerife.

Dans un précédent article, nous avons vu qu'une analyse génétique avait démontrer l'origine berbère d'une momie Guanche.

Le rituel de momification des Guanches était proche de celui pratiqué, environ 3000 ans avant J.C. dans l'ancienne Égypte antique, à ses débuts.

Or, le peuplement des îles Canaries par les Berbères Guanches serait intervenu environ 3000 ans avant J.C., lors d'une première vague d'immigration. Une deuxième vague aura lieu entre 500 et 200 ans avant J.C., lorsque les Carthaginois prendront possession des cotes marocaines de l'Atlantique ... Les bateaux carthaginois ont-ils suivi les bateaux Berbères des fuyards vers les îles Canaries pour connaitre le secret de la navigation dans l'Atlantique ? C'est fort probable.

Les ressemblances entre deux rituels, l'un ilien et l'autre continental, attestent que des voyages par mer ont bien eu lieu entre les rivages du Maroc et les îles Canaries. Entre les Berbères Libyques des rives du Nil et les Guanches Berbères des Canaries, 3000 ans avant J.C., par Bateau.



Lors d'un séminaire à Montpellier en 2005, Francisco Campuzano Carvajal (Agrégé d'espagnol et docteur en science politique. - Maître de conférences à Montpellier) présente les recherches qu'il a dirigée sur le thème des Figures de la mythification dans l’Espagne du xxe siècle.

Ci-dessus: Couverture

Dans "Les Guanches des Canaries : genèse d’un mythe identitaire", Mauricette Mazel (Université Paul Valéry - Montpellier III) donne une indication étonnante :
"De nombreux théoriciens se sont accordés, en effet, à affirmer que les archipels des Canaries et des Açores constituent les ultimes vestiges du continent englouti de l’Atlantide. D’ailleurs, pour de nombreux géographes, « les colonnes d’Hercule » de l’antiquité, correspondraient à ce que nous appelons aujourd’hui le détroit de Gibraltar."

  • Les Guanches des Canaries : genèse d’un mythe identitaire, Les Mythes antiques, Mauricette Mazel, paragraphe 14
Cela nous ramène naturellement à Dante. Le chef d’œuvre de Dante s'inspire de l'Énéide, une épopée de Virgile (70 av. J.-C. - 19 av. J.-C.), qui s'inspire elle-même de l'Odyssée (L’Iliade et l'Odyssée) de Homère (environ 700 av. J.-C.).

Dans l'Odyssée, Homère évoque les 12 travaux de Héraclès (Hercule). Le onzième des travaux de Héraclès consiste à aller ramasser des fruits d'or que Zeus veut offrir à Hera en cadeau de mariage. Il s'agit des pommes d'or du jardin des Hespérides.

Héraclès devra se rendre là où Hera a planté son jardin divin, dans le Royaume de Atlas, là où les chevaux du char du Soleil achèvent leur randonnée en se couchant à l'ouest de l'océan Atlantique.

Héraclès va traverser l'Hispanie, enjamber le détroit de Gibraltar, pour venir quémander de l'aide à Atlas, le seul à pouvoir l'aider. Atlas va se rendre dans le jardin des Hespérides et rapporter les fruits à Héraclès .

"Le cartographe français, Gilles Robert de Vaugondy, place sur une de ses mappemondes, les îles Hespérides dans la région des Antilles. Selon cette hypothèse, la pomme d'or pourrait être l'ananas, seul fruit à la couleur dorée poussant dans cette région du monde."

  • Pommes d'or du jardin des Hespérides, Wikipédia

Mappemonde de Gilles Robert de Vaugondy (1752) indiquant l'Atlantis Insula (Amérique)
ainsi que les îles Hespérides situées aux Antilles.

(L'Atlantis Insula (Amérique) et les îles Hespérides sont placées sur la mappemonde de gauche).

Dans le précédent article, Les Berbères au temps des Carthaginois, nous avons vu que les Berbères auraient porté à la connaissance des Grecs le Dieu de la Mer Poséidon. On peut alors songer que la légende des pommes d'or du jardin des Hespérides pourrait aussi être un emprunt des Grecs à la Mythologie Berbère. Précisons que Héraclès exécute les 12 travaux pour accéder à l'immortalité.

Or, le jardin des Hespérides est situé dans l'Atlantique, le Royaume de Atlas, réservé aux immortels. De plus, Héraclès demande son aide à Atlas car il ignore où se trouve le jardin divin. Ce secret était-il sous la responsabilité des Berbères et connu de eux seuls ?

Allons encore un peu plus loin, dans la symbolique du jardin des Hespérides, le jardin divin :


"Le jardin des Hespérides grec possède des affinités avec le concept chrétien du jardin d'Éden, et à partir du XVIe siècle, l'association totale sera évidente, notamment dans le tableau de Luc Cranach (voir illustration)."- Éden, Wikipédia 



L'association du jardin des Hespérides avec le jardin d’Éden va t-elle devenir une évidence au XVIe siècle, suite au voyage de Christophe Colomb à la fin du XVe siècle ?

Doit-on en conclure que les Berbères étaient à la fois les gardiens des portes de l'enfer, (Antée qui descend Dante et Virgile dans le neuvième cercle de l'enfer), et les gardiens des clés du Paradis, étant les seuls à connaitre l'emplacement du jardin des Hespérides et le moyen de s'y rendre ?

On est ici dans le domaine des Mythologies antiques, mais on peut s’interroger sur l'origine de ces légendes et se demander quels rôles ont réellement tenu les Berbères dans l'Antiquité.

On l'a vu également, des historiens et des géographes établissent des parallèles entre la mythologie, l'histoire et les lieux géographiques (Massif de l'Atlas, Détroit de Gibraltar, îles Canaries, Tertre de M'zora, etc.).



Et que fait la tombe de Antée, l'un des gardiens des portes de l'enfer, adossée sur les flancs de Atlas, qui lui semble détenir les clés du Paradis ?

La Génétique est formelle, les Guanches des îles Canaries sont d'origine Berbère. Et les vagues de migrations successives des Berbères du Nord-Ouest de l'Afrique vers les îles Canaries démontrent une réelle maîtrise de la navigation dans l'Atlantique depuis près de 5000 ans ... Il est alors probable que des embarcations, à plusieurs reprises, prises dans la tempête, auront été portées par les courants marins Équatoriaux. Quelques-unes d’entre-elles seront ainsi parvenues jusqu'aux Antilles.

Au sujet des courants marins de l'Atlantique, lire l'article L'étonnante histoire du Berbère Pinzón (suite) (avec cartes et schémas).

On comprend alors pourquoi des historiens et des géographes ont osé tisser une trame entre la mythologie et la réalité. Au point que la Découverte des Amériques par Christophe Colomb est devenue une légende à son tour.


Source : L'artisanat Marocain     

Via : Merlin